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il a conquis le monde grace à sa musique et converti des milliers de personnes à la philosophie rasta. Les dreadlocks ont été adoptées sur toute la planète et portées avec fierté pour témoigner de son appartenance à cette contre-culture. Rasta all over the world. La mémoire de Bob Marley demeurera tant que sa musique vibrera...
Bob Marley est devenu une icone non seulement dans le monde de la musique mais aussi dans notre société et dans notre monde politique. il ne cessera jamais de motiver nos esprits...
Lorsque vous parlez de reggae avec quelqu'un et même s'il ne prononce pas le nom de Bob Marley, vous pouvez être certain qu'il n'en pense pas moins. C'est un des rares cas où le seul nom d'un homme est devenu le symbole de tout un style musical. Si la discographie de Bob Marley reste pour certains l'unique excursion dans la musique jamaïcaine, ses albums s'imposent bien souvent comme une initiation à un long voyage dans l'univers du reggae.
Bob était drôle, très vif, toujours éveillé... En définitif, terriblement vivant. il pouvait raconter des blagues ou parodier des films, son tempérament s'éxaltait et chacune de ses pensées ou décisions s'affirmait avec ardeur. Quand on se retrouve face à une telle personne, on ne peut que saisir cette différence entre être en vie et être vivant : celui qui est vivant profite de toutes les vibrations et les impulsions que lui offre la vie.
La jamaïque a toujours été une retraite spirituelle pour Bob, une source régénératrice, et revenir parmi les siens lui rappelait qui il était et d'où il venait. il avait foncièrement besoin de se retrouver parmi ses frères pour oublier pendant quelques temps les aléas de sa vie de rockstar. Une fois seulement, après la tentative d'assassinat en décembre 1976, il dut quitter le pays, soudainement devenu hostile à lui, le contraignant à rejoindre Miami pour quelques mois.
Bob portait la Jamaïque au plus profond de son coeur. Concrètement, si vous étiez dans le plus grand des besoins, vous pouviez vous rendre à sa maison d'Hope Road, il vous accueillait, vous nourrissait et vous apportait quelques habits. C'était aussi simple que ça. il n'était pas juste une grande superstar de la musique reggae. il a déversé son abondante générosité au travers de mille chemins. A sa mort, la Jamaïque perdit son plus grand protecteur.
Quand les Wailers jouaient, ce n'était jamais un simple concert, un peu comme les Gradeful Dead aux Etats-Unis, qui fédéraient toute une communauté et un style de vie. Peu importe où ils allaient et quel que soit le pays, dés que les Wailers se produisaient, les dreads étaient là, rayonnants et intenses. J'ai intercepté une lettre d'une communauté de rastas maoris de Nouvelle-Zélande, qui souhaitait organiser une importante cérémonie à l'occasion de leur venue.
Tous ceux qui, dans le monde, se sentaient désorientés et malmenés, qu'ils fussent riches ou pauvres, savaient qu'en allant voir Bob sur scène, cet homme noir et libre, ils recevraient de sa part une force vitale et soulageante. il brisait toutes les chaines et les fers : ce n'était pas seulement un concert mais une réalité. Et quand il chantait No woman no cry, même si il était au Japon et que le public ne comprenait pas un mot de la chanson, sa seule présence suffisait à délivrer les messages. il en interprétait chaque phrase. C'était un chanteur passionné et éxalté.
S'il était originaire de Jamaïque, il ne manquait pas d'astuce et de finesse pour jongler habilement entre le parler jamaïcain et l'anglais. Et à travers ses rencontres et ses chansons, ses paroles inondaient toutes les terres.
Cette photo fut prise à King's road alors que Bob était au sommet de sa gloire et de sa force.il venait de passer une nuit au poste aprés que la police l'ait arrêté pour détention et consommation de ganja. Don letts était avec nous et il portait un pantalon avec toutes sortes de poches et de zips. Bob lui dit : " Eh man ! Si j'avais porté le même falzar que toi la nuit dernière, ils n'auraient jamais pu trouver ma ganja ! " Bob était très taquin et possédait un grand sens de la dérision. De tout ce qu'il voyait, il tirait quelque chose de drôle.
Les prestations des Wailers en France furent nombreuses et, quelques années plus tard, lorsque je vivais à Paris, je pus constater la trace que Bob Marley y avait laissée. Les fans avaient fait pousser leurs dreads ; je me rappelais pourtant de ces concerts où Bob Marley, à peine connu, enchantait des têtes à cheveux courts.
Aujourd'hui le reggae est certainement plus présent en France qu'en Angleterre, ou que dans n'importe quel autre pays européens, et les Francais ont su conserver les préceptes rastas. Si vous allez au Japon, vous y croiserez également des dreadlocks, les Japonais en sont dingues. L'héritage de Bob Marley est perceptible dans le monde entier.
Le temps passé avec Bob Marley était souvent l'occasion d'évocations et de discours Profonds sur l'évolution de notre société : de la Babylone païenne à l'émancipations des noirs. Je me rappelle avoir été de nombreuses fois ébloui et subjugué par l'étendue des connaissances de la plupart des rastas. Ils avaient un talent certain pour discourir de l'économie occidentale ou de toutes sortes de sujets, et s'ils n'étaient pas de grands lecteurs, je pense qu'ils possédaient la même sagesse que les gourous indiens ou les moines tibétains. Pour eux, la méditation de la ganja était avant tout un moment d'écoute et d'échange où, chacun à leur tour, ils défaisaient et refaisaient le monde. Tout aussi lucide que rêveurs, ils participaient au Savoir universel.
La star Bob Marley cachait aussi une autre dimension, celle d'être un homme simple qui aimait à se balader et aller à la rencontre de ses fréres humains, quelles que soit leurs origines ou leur appartenance. Et quand il arrivait au Japon et que tous ces hommes aux dreadlocks accouraient vers lui, ils retrouvaient un être simple, une personne qui leur ressemblait et à qui ils voulaient ressembler. Comme un prophète qui voyageait de terre en terre et prêchait la bonne parole, Bob su faire la même chose avec sa musique.
La tournée fut assez éreintante et Bob se blessa le gros orteil en jouant au football. C'est à ce moment là que son cancer se déclara : sans que nous le sachions, sa fin s'annonçait. La tournée aux Etats-Unis dut être interrompue, cette même tournée qui était censsé révéler les Wailers au public américain. Sur une des photos, alors qu'il était assis dans le bus, il semble très songeur. Je compris vite que quelque chose le tracassait. il ne se confia pas mais son expression le trahissait. il n'était déja plus le même.
Je crois que sa pudeur l'empêchait de se livrer ; seule Rita (sa femme) peut-être, aura été témoin des affres de sa maladie. Je me souviens qu'il était calme, trop calme, presque placide.
A la fin de sa vie, Bob et moi étions devenus de très bons amis et je me rappellerai toujours de cette dernière fois où je le vis. C'étais en 1980, Bob était de retour en Angleterre et moi de passage à Londres pour un concert avec mon groupe les Basement Five. Nous nous croisames pas hasard chez Island Records.
Il y avait une foule de personnes autour de lui et je pus à peine l'approcher. Mais Bob ne me loupa pas et m'alpague ; " Eh Man ! Quoi de neuf ? Alors maintenant qu'on est une grosse star, on ne vient plus parler à son vieux pote ?" , "Mais non Bob, y'a juste trop de monde autour de toi !" Et il continua : " Je suis au courant pour ton groupe, c'est la meilleure chose qui pouvait t'arriver, surtout n'abandonne pas !". Et sans inquiétude, je lui dis : " On se verra un peu plus tard " , " Ouais, quand on aura plus de temps pour se parler. " J'avais entendu dire qu'il était malade, mais j'étais pourtant persuadé de le revoir prochainement. Je n'avais pas réalisé qu'il était sur le chemin de l'hôpital, et, quelques mois plus tard, il décéda. Nous venions d'échanger nos dernières paroles.
Un précepte rastafari nous dit : "Rasta ne te rend pas aux funérailles." Drôle de chose quand on sait que celles de Bob furent les plus grandes jamais organisées en Jamaïque.
ROBERT NESTA MARLEY
Un Rebelle Un Sage
il est le fruit d'une union illégitime entre une paysanne issue du ghetto de Kingston et un marin blanc anglais. Ce métissage donna naissance au porte-parole de toute une génération...
Un Rebelle Un Sage
il est le fruit d'une union illégitime entre une paysanne issue du ghetto de Kingston et un marin blanc anglais. Ce métissage donna naissance au porte-parole de toute une génération...
Londres, printemps 1973
il a conquis le monde grace à sa musique et converti des milliers de personnes à la philosophie rasta. Les dreadlocks ont été adoptées sur toute la planète et portées avec fierté pour témoigner de son appartenance à cette contre-culture. Rasta all over the world. La mémoire de Bob Marley demeurera tant que sa musique vibrera...
Londres, printemps 1973
Bob Marley est devenu une icone non seulement dans le monde de la musique mais aussi dans notre société et dans notre monde politique. il ne cessera jamais de motiver nos esprits...
Londres, printemps 1973
Lorsque vous parlez de reggae avec quelqu'un et même s'il ne prononce pas le nom de Bob Marley, vous pouvez être certain qu'il n'en pense pas moins. C'est un des rares cas où le seul nom d'un homme est devenu le symbole de tout un style musical. Si la discographie de Bob Marley reste pour certains l'unique excursion dans la musique jamaïcaine, ses albums s'imposent bien souvent comme une initiation à un long voyage dans l'univers du reggae.
Lndres, décembre 1974
Bob était drôle, très vif, toujours éveillé... En définitif, terriblement vivant. il pouvait raconter des blagues ou parodier des films, son tempérament s'éxaltait et chacune de ses pensées ou décisions s'affirmait avec ardeur. Quand on se retrouve face à une telle personne, on ne peut que saisir cette différence entre être en vie et être vivant : celui qui est vivant profite de toutes les vibrations et les impulsions que lui offre la vie.
King's Road, Londres, 1975
La jamaïque a toujours été une retraite spirituelle pour Bob, une source régénératrice, et revenir parmi les siens lui rappelait qui il était et d'où il venait. il avait foncièrement besoin de se retrouver parmi ses frères pour oublier pendant quelques temps les aléas de sa vie de rockstar. Une fois seulement, après la tentative d'assassinat en décembre 1976, il dut quitter le pays, soudainement devenu hostile à lui, le contraignant à rejoindre Miami pour quelques mois.
Bob portait la Jamaïque au plus profond de son coeur. Concrètement, si vous étiez dans le plus grand des besoins, vous pouviez vous rendre à sa maison d'Hope Road, il vous accueillait, vous nourrissait et vous apportait quelques habits. C'était aussi simple que ça. il n'était pas juste une grande superstar de la musique reggae. il a déversé son abondante générosité au travers de mille chemins. A sa mort, la Jamaïque perdit son plus grand protecteur.
56 Hope Road, Kingston, Jamaïque, 1978
Quand les Wailers jouaient, ce n'était jamais un simple concert, un peu comme les Gradeful Dead aux Etats-Unis, qui fédéraient toute une communauté et un style de vie. Peu importe où ils allaient et quel que soit le pays, dés que les Wailers se produisaient, les dreads étaient là, rayonnants et intenses. J'ai intercepté une lettre d'une communauté de rastas maoris de Nouvelle-Zélande, qui souhaitait organiser une importante cérémonie à l'occasion de leur venue.
Tous ceux qui, dans le monde, se sentaient désorientés et malmenés, qu'ils fussent riches ou pauvres, savaient qu'en allant voir Bob sur scène, cet homme noir et libre, ils recevraient de sa part une force vitale et soulageante. il brisait toutes les chaines et les fers : ce n'était pas seulement un concert mais une réalité. Et quand il chantait No woman no cry, même si il était au Japon et que le public ne comprenait pas un mot de la chanson, sa seule présence suffisait à délivrer les messages. il en interprétait chaque phrase. C'était un chanteur passionné et éxalté.
S'il était originaire de Jamaïque, il ne manquait pas d'astuce et de finesse pour jongler habilement entre le parler jamaïcain et l'anglais. Et à travers ses rencontres et ses chansons, ses paroles inondaient toutes les terres.
Hammersmith Odeon, Londres, été 1976
Cette photo fut prise à King's road alors que Bob était au sommet de sa gloire et de sa force.il venait de passer une nuit au poste aprés que la police l'ait arrêté pour détention et consommation de ganja. Don letts était avec nous et il portait un pantalon avec toutes sortes de poches et de zips. Bob lui dit : " Eh man ! Si j'avais porté le même falzar que toi la nuit dernière, ils n'auraient jamais pu trouver ma ganja ! " Bob était très taquin et possédait un grand sens de la dérision. De tout ce qu'il voyait, il tirait quelque chose de drôle.
King's Road, Londres, 1977
Les prestations des Wailers en France furent nombreuses et, quelques années plus tard, lorsque je vivais à Paris, je pus constater la trace que Bob Marley y avait laissée. Les fans avaient fait pousser leurs dreads ; je me rappelais pourtant de ces concerts où Bob Marley, à peine connu, enchantait des têtes à cheveux courts.
Aujourd'hui le reggae est certainement plus présent en France qu'en Angleterre, ou que dans n'importe quel autre pays européens, et les Francais ont su conserver les préceptes rastas. Si vous allez au Japon, vous y croiserez également des dreadlocks, les Japonais en sont dingues. L'héritage de Bob Marley est perceptible dans le monde entier.
Pavillon Baltard, Paris, mai 1977
Le temps passé avec Bob Marley était souvent l'occasion d'évocations et de discours Profonds sur l'évolution de notre société : de la Babylone païenne à l'émancipations des noirs. Je me rappelle avoir été de nombreuses fois ébloui et subjugué par l'étendue des connaissances de la plupart des rastas. Ils avaient un talent certain pour discourir de l'économie occidentale ou de toutes sortes de sujets, et s'ils n'étaient pas de grands lecteurs, je pense qu'ils possédaient la même sagesse que les gourous indiens ou les moines tibétains. Pour eux, la méditation de la ganja était avant tout un moment d'écoute et d'échange où, chacun à leur tour, ils défaisaient et refaisaient le monde. Tout aussi lucide que rêveurs, ils participaient au Savoir universel.
Tournée européenne Exodus, 1977
La star Bob Marley cachait aussi une autre dimension, celle d'être un homme simple qui aimait à se balader et aller à la rencontre de ses fréres humains, quelles que soit leurs origines ou leur appartenance. Et quand il arrivait au Japon et que tous ces hommes aux dreadlocks accouraient vers lui, ils retrouvaient un être simple, une personne qui leur ressemblait et à qui ils voulaient ressembler. Comme un prophète qui voyageait de terre en terre et prêchait la bonne parole, Bob su faire la même chose avec sa musique.
Tournée européenne Exodus, 1977
La tournée fut assez éreintante et Bob se blessa le gros orteil en jouant au football. C'est à ce moment là que son cancer se déclara : sans que nous le sachions, sa fin s'annonçait. La tournée aux Etats-Unis dut être interrompue, cette même tournée qui était censsé révéler les Wailers au public américain. Sur une des photos, alors qu'il était assis dans le bus, il semble très songeur. Je compris vite que quelque chose le tracassait. il ne se confia pas mais son expression le trahissait. il n'était déja plus le même.
Je crois que sa pudeur l'empêchait de se livrer ; seule Rita (sa femme) peut-être, aura été témoin des affres de sa maladie. Je me souviens qu'il était calme, trop calme, presque placide.
Tournée européenne Exodus, 1977
A la fin de sa vie, Bob et moi étions devenus de très bons amis et je me rappellerai toujours de cette dernière fois où je le vis. C'étais en 1980, Bob était de retour en Angleterre et moi de passage à Londres pour un concert avec mon groupe les Basement Five. Nous nous croisames pas hasard chez Island Records.
Il y avait une foule de personnes autour de lui et je pus à peine l'approcher. Mais Bob ne me loupa pas et m'alpague ; " Eh Man ! Quoi de neuf ? Alors maintenant qu'on est une grosse star, on ne vient plus parler à son vieux pote ?" , "Mais non Bob, y'a juste trop de monde autour de toi !" Et il continua : " Je suis au courant pour ton groupe, c'est la meilleure chose qui pouvait t'arriver, surtout n'abandonne pas !". Et sans inquiétude, je lui dis : " On se verra un peu plus tard " , " Ouais, quand on aura plus de temps pour se parler. " J'avais entendu dire qu'il était malade, mais j'étais pourtant persuadé de le revoir prochainement. Je n'avais pas réalisé qu'il était sur le chemin de l'hôpital, et, quelques mois plus tard, il décéda. Nous venions d'échanger nos dernières paroles.
Un précepte rastafari nous dit : "Rasta ne te rend pas aux funérailles." Drôle de chose quand on sait que celles de Bob furent les plus grandes jamais organisées en Jamaïque.
Londres, 1980
Bob Marley Selon Dennis Morris
11 Mai 1981
LA FIN D'UN HOMME, LA FIN D'UN MYTHE ...
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LA FIN D'UN HOMME, LA FIN D'UN MYTHE ...
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